Deux cabanes au Tessin, les 25-26 et 27 juillet 2019

Cabanes Cadagno et Cadlimo                  

          Jeudi: Avec un départ à 8 h 30 de la Chaux-de-Fonds, ma camarade et moi, nous étions bien assez tôt à Göschenen pour prendre le train d'Airolo  à 11 h 09 d'où un apéro sur le quai. Par manque d'informations à la gare, au lieu de descendre à Airolo nous continuons jusqu'à Ambri où nous devons attendre un bus. Il arrive avec un bon quart d'heure de retard et qui nous conduit à Piotta. De là, 10 minutes de marche pour passer sous l'autoroute et contourner un grand chantier et nous voilà au départ du funiculaire. Malheureusement il est parti depuis quelques minutes de sorte que nous devons attendre le suivant. Nous pique-niquons sur des escaliers tout près en critiquant vertement les transports en commun! Enfin, et pour 11 francs par personne à l'AVS nous montons les quelques 800 mètres de dénivelé qui nous séparent de  Stazione Piora à 1794 m d'altitude dans un petit funiculaire rouge qui grimpe sur des pentes particulièrement raides.

Nous nous mettons enfin en marche, d'abord le long d'une route en légère montée qui sur 1.5  km nous amène au barrage de Ritom (1850 m). En passant nous admirons dans la très forte pente au-dessous de nous un hameau improbable au nom de Valle construit sans doute il y a fort longtemps et qui semble être habité (sur la carte il n'y a que des sentiers pour y accéder). Nous franchissons le barrage sur son faîte et nous prenons un excellent sentier qui longe la rive nord du lac Ritom. Il est en grande partie en sous-bois, il monte et il descend quelque peu et il est jalonné de panneaux indicateurs décrivant les curiosités de la région, chaque fois avec un banc pour se reposer. Le paysage est magnifique. Après 3 km nous faisons une pause avant d'attaquer une montée relativement facile qui nous conduit en partie en forêt, en partie dans des pâturages fleuris à un petit col à 2064 m d'altitude. De l'autre côté c'est une descente tranquille qui nous amène à un pont sur la rivière Marinascia Grande où une route d'alpage nous conduit rapidement à la cabane Cadagno 1987 m appartenant à la Societá Alpinistica Ticinese, section Ritom.

Le bâtiment est remarquable et il y a partout de très grandes fenêtres. En fait la cabane a été agrandie sur tous les côtés, et les architectes ont conservé l'ancien refuge au centre pour y installer la cuisine et sans doute au-dessus les logements de l'équipe de gardiens. Les dortoirs sont fort bien conçus, avec des cloisons toutes les deux couchettes et une grande fenêtre qui permet de sortir  directement. Nous sommes surpris par le nombre de familles avec enfants, certains plutôt petits… Bon souper (On nous a changé les assiettes entre la salade et le plat principal), bonne soirée tranquille avec d'agréables discussions avec un couple d'Allemands et un autre, des cyclistes du Toggenburg.  Nuit pas trop agitée.

6.4 km, 350 m de montées, 150 de descentes, à peu près 3 h de marche effective.

 

Vendredi: Nous sommes parmi les premiers à prendre le petit déjeuner-buffet afin de partir assez tôt. Nous nous mettons en route à 8 h 30. Il fait grand beau et bientôt le soleil "tape dur". Nous nous dirigeons vers l'est dans des pâturages verdoyants sur un sentier agréable et très fleuri qui monte en pente douce d'abord vers le point 2174 puis qui oblique légèrement pour parvenir au Passo dell'Uomo (2218 m). Nous montons tranquillement et observons plusieurs fois des marmottes pas très loin du sentier. Le col est une sorte de faux plat, marécageux et abrite des constructions à moitié en ruine. Non loin de là nous quittons la petite route d'alpage qui descend vers le col et le lac du Lukmanier, et nous entreprenons une montée qui nous conduit en un vaste arc de cercle de 180 degrés sur les hauteurs du Val Cadlimo. Après être passés rive gauche du Reno di Medel (Le Rhin de Medel, un des nombreux cours d'eau qui se jettent dans le lac de Lukmanier et qui finissent par former le Rhin), nous faisons une petite pause pour manger quelque chose. Ce val est bien différent du Val Piora plus au sud que nous venons de quitter; il est plus minéral, plus alpin, mais également avec une flore remarquable. Jusque-là, nous étions au soleil et il faisait bien chaud, mais tout à coup un petit vent se lève et lorsque nous regardons le ciel quelques nuages qui semblent encore inoffensifs nous fournissent un peu d'ombre.

Nous ne nous attardons guère et nous continuons notre chemin. Les toutes premières grosses gouttes de pluie se mettent à tomber lorsque nous passons au lieu-dit Stabbio Nuovo (2250 m) un chalet et une yourte, sans doute un espace de recueillement d'un montagnard bouddhiste. Nous continuons notre montée mais bientôt une pluie fine se met à tomber. Nous nous équipons en conséquence et tout à coup un énorme coup de tonnerre nous fait sursauter. L'orage est là, il sera relativement court mais violent, avec une très forte pluie, un peu de grêle et curieusement très peu de vent… Notre équipement résiste assez bien, mais nos pantalons et nos chaussures se mouillent à mesure que nous avançons. Le sentier se transforme en ruisseau, et lorsque nous arrivons à un torrent habituellement paisible, nous constatons qu'il ne se franchit pas aisément. Je passe à la hauteur du sentier, en m'appuyant sur mes bâtons pour ne pas glisser sur les pierres recouvertes de 5 à 10 cm d'eau courante, alors que mon amie cherche et trouve un passage plus aisé quelques dizaines de mètres en aval.

La dernière partie de la montée avant la cabane Cadlimo est assez raide et s'étend sur plusieurs ressauts signalés par de très gros cairns qui nous donnent la direction générale. L'orage s'éloigne et nos pantalons commencent à sécher. Mais comme nous savons qu'il va revenir, ma camarade termine la montée à son rythme alors que je l'achève au mien, nettement plus lent. Nous enlevons nos chaussures trempées un peu avant 15 heures à l'entrée de la cabane Cadlimo, 2570 m, un grand bâtiment confortable appartenant à la section UTO. Sauf nos pantalons qui "sècheront sur la bête" nous nous revêtons d'habits secs et nous nous inscrivons à la réception où le gardien nous propose une chambre à 4, moyennant un petit supplément, ce que nous acceptons. Avant d'aller faire la sieste, nous prenons une sorte de goûter avec du gâteau aux pommes, du thé pour mon  amie qui a un peu froid, une bière pour moi.

Un excellent Don Pascual, vin de Navarre, fort cher, nous fait patienter avant  le souper très bien servi, et une soirée tranquille malgré la présence ici aussi de nombreux enfants. Jusqu'à la tombée de la nuit, nous sortirons plusieurs fois pour regarder les bouquetins. Tout près de la cabane une bonne dizaine de mâles  jouent sur un rocher, sans doute à qui sera le chef. Celui qui a les plus longues cornes, -signe d'ancienneté car elles croissent chaque année-, est en haut. C'est le roi. Et les autres cherchent à le détrôner. C'est en entrechoquant leurs grandes cornes qu'ils joutent. Parfois, en prenant de l'élan, ils se dressent sur leurs pattes arrière et se laissent tomber sur l'adversaire qui lui aussi s'était dressé... Un vrai spectacle. Des cabotins ces bouquetins, à 30 mètres de la cabane qui leur fournit un public varié et toujours intéressé. Soirée tranquille, nuit paisible malgré les épisodes orageux qui me réveillent de temps à autre.

12 km, 780 m de montées, 100 de descentes, à peu près 6 h 30 de marche effective.

 

Samedi: Le temps est incertain, gris, et des nuages trainent sur les sommets. C'est une des deux raisons qui nous font renoncer à la longue traversée vers le col de l'Oberalpm, notre projet initial. L'autre c'est que je redoute un peu 6  heures de marche peut-être en partie sous la pluie, la journée d'hier ayant été éprouvante. Bref nous décidons de prendre le chemin de Piora.

          Nous quittons le refuge à 7 h 30 à peu près  et nous descendons sur un bon sentier jusqu'au Lago Scuro, 2451 m. Nous le longeons sur sa rive nord, et nous devons traverser un assez long névé, très pentu qui se termine dans les eaux peu accueillante de ce lac de montagne. Heureusement une trace a été faite à la pelle.  C'est avec précautions que nous franchissons le seul passage délicat de ces 3 jours de course si l'on excepte le torrent grossi par l'orage. Nous remontons ensuite à un col à presque 2500 m d'altitude d'où la vue est extraordinaire. Sur une pente raide de 700 m de dénivelé, 4 lacs s'offrent à notre regard, sur des sortes de paliers qui nous séparent du lac Ritom.  Le sentier est raide, souvent malcommode mais il nous fait perdre rapidement de l'altitude. Les deux premiers, les Laghetti di Taneda 2300 et 2250 m à peu près sont tout petits, le troisième, le Lago di Tom (2020 m) nettement plus grand. Il est dominé par un grand alpage. Les sonnailles des nombreuses vaches nous accompagnent tout au long de la rude descente. Tout près du bâtiment nous remarquons une très curieuse intrusion de calcaire dans une région de roches cristallines. Nous terminons la descente au bord du lac Ritom par une route d'alpage fort raide mais très bien faites. Nous longeons ensuite le lac, parvenons au barrage et prenons la route pour la Stazione Piora du funiculaire. Il va partir, nous n'attendrons pas une seconde, et lorsque nous serons en bas, il faudra que nous nous hâtions pour prendre le bus pour Airolo. Retour en train sur Göschenen, puis dîner sur la terrasse du restaurant d'Intschi. Aucun problème de circulation malgré le fait que nous soyons un samedi de départ ou de rentrée de vacances.

8.2 km, 60 m de montées, 840 m de descentes, à peu près 3 h 30 de marche effective